Jean Claude Petit, des yéyé à la musique de films

2/7/2012

Difficile de pas être impressionné, à la lecture de la biographie de JeanClaude Petit, par l'éclectisme tout terrain, ou plutôt toute partition, de ce dernier. Depuis ses débuts, JeanClaude Petit aime varier et mélanger les genres. Très tôt, il s'initie à la musique et commence par un fabuleux apprentissage élève du Conservatoire le jour (où il reçoit le premier prix d'harmonie, de contrepoint et de fugue), il s'en va la nuit venue («et par réaction», avouetil), swinguer avec les jazzmen prestigieux que sont Dexter Gordon, Johnny Griffin ou Sian Getz. Mais même pour un adolescent prodige, le jazz n'est pas le meilleur moyen pour gagner sa vie de manière décente. «Pour améliorer l'ordinaire, j'ai commencé à accompagner les chanteurs dits yéyé.» H devient l'arrangeur attitré des plus grandes vedettes du hitparade, de Claude François à Julien Clerc, de Serge Lama à Dalida... (Je
ne sais pas qui j'ai réussi à éviter...», se souvientil. Parallèlement, JeanClaude Petit compose quelques tubes, des comédies musicales («La Révolution française», «Mayflower») et dirige le London Symphony Orchestra pour des enregistrements. Cette période, qui va jusqu'au début des années 80, est prospère et riche en succès. Un peu trop même... «J'ai soudain été pris d'écceurement pour le monde dès variétés. Je n'avais plus grand chose à y prouver. Et surtout, ce milieu me plaisait de moins en moins : j'étais en permanence esclave de la mode et obligé de courir après les tubes. En plus, j'étais lassé d'être en contact avec des gens pour qui la musique n'était qu'un produit.» Exit le showbiz! Après avoir com
posé pour le théâtre et s'être adonné un moment à la musique contemporaine, JeanClaude Petit se tourne alors vers le septième art, où il exprime toute l'étendue de sa culture musicale. 1l est l'auteur des bandes musicales de films aussi variés, entre autres, que «Tranches de vie», «Deux», «Fucking Fernand» ou «L'addition». «D'un film à l'autre, il faut entrer dans des atmosphères totalement différentes. Passer d'une histoire qui se déroule au XVlle siècle à un récit contemporain, puis enichaîner, comme c'est le cas sur le prochain Henri Verneuil, avec un film qui a pour base la musique arménienne.» Il faut aussi être capable de travailler vite : «C'est souvent au dernier moment que les réalisateurs se souviennent qu'il faut de la musique dans un film. C'est heureusement moins vrai avec la jeune génération de cinéastes et depuis l'arrivée d'innovations techniques telles que le Dolby, par exemple.»

Vous avez un goût prononcé pour l'esthétisme. Vous aimez cultiver le beau?
J'aime les choses assez dépouillées, assez minimalistes_ Mes ciips, par exemple, le sont J'aime la belle lumière, ça me vient du cinéma. C'est bizarre de parler de ses propres goûts, c'est difficile. Ce qui est esthétique pour moi ne l'est pas nécessairement pour quelqu'un d'autre. Par exemple, beaucoup de gens trouvent que je m'habille d'une façon horrible dans mes clips : « Mais comment peuxtu oser mettre des bottines pareilles?» Pour certaines personnes, la beauté correspond à un univers très coloré. Moi, j'aime le noir. Même quand je tourne des films en couleur, je voudrais qu'ils soient en noir et blanc. La couleur me dérange énormément. Je vois tout en noir et blanc.

Lorsque vous tournez un clip, appréhendezvous ce travail en tant que comédienne ou en tant que chanteuse?
Quand je tourne un clip, j'ai la liberté d'être moimême. Je ne suis pas liée à. un rôle. Je trouve qu'un clip est une chose merveilleuse. Je suis fascinée par l'image. Quand je suis au Canada ou aux EtatsUnis, je regarde très souvent les chaînes musicales : on y voit des bijoux et des déchets. Il y a des gens qui se moquent complètement de faire un clip. A côté de cela, on trouve des petits chefsd'oeuvre. Même quand Sinead O'Connor fait un clip où on ne voit qu'elle en gros plan, c'est génial! Le clip est un outil de vente formidable.

Mais ne trouvezvous pas qu'il puisse imposer au public l'image d'une chanson et réduire le travail de son imagination? Peutêtre... mais aujourd'hui, je ne conçois pas qu'un chanteur puisse travailler sans clip ni monter sur scène. Je pense qu'il y a un très fort retour à la personnalité du chanteur_ Dans les années 80, on a
connu beaucoup de genres musicaux, comme le disco, qui ne correspons daient pas à grandchose... Faire un beau clip ne nécessite pas forcément qu'on ait un budget conséquent. «Stand by your man» est un clip archiminimaliste : trois per. sonnes devant un fond noir. Ce sont les idées qui comptent. Il n'y a aucune règle. La seule qui existe est le talent et les idées employées. Et la passion.

Vous êtesvous déjà demandé si vous étiez avant tout une comédienne ou une chanteuse?
J'ai beaucoup plus fait l'actrice que la chanteuse. Je ne me pose pas la question. La musique a toujours fait partie de ma vie : je vis avec un musicien, je suis musicienne, j'ai toujours étudié la musique, j'ai toujours chanté. Et j'ai toujours flirté avec la danse. Aujourd'hui, voir un comédien chanter est entré dans les moeurs : Souchon, Birkin, Prince, Madonna jouent la comédie et chantent. Dans votre premier film, «La mort d'un bûcheron », vous interprétiez une chanteuse country. La vie estelle un éternel recommencement?
Je dansais aussi dans ce premier film. Ce n'est pas un hasard si je chante de la country aujourd'hui. Petite, fhabitais près d'un village qui ne vivait que pour la musique. Chaque année,
il y avait un festival de country, mes frères portaient un chapeau de cowboy.,. C'est quelque chose qui faisait partie de mon paysage. Pour moi, ce n'est donc pas illogique d'avoir démarré ma carrière d'actrice dans un rôle de chanteuse country, et de chanter, des années après, des grands standards américains. Beaucoup de gens, comme Leonard Cohen, qui n'évoluent pas dans le monde de la country; adorent ce genre musical. Il y a de très, très grandes chansons. On y trouve surtout une écriture simple et directe qui nous touche. Lorsque je mets ces chansons en images, mes clips sont souvent à l'opposé de ce que disent les textes que j'interprète. Je ne porte pas pas un tablier quand je chante «Stand by your man», c'est le contraire. J'ai écouté vingtcinq versions différentes de cette chanson, il faut bien parvenir à apporter quelque chose de neuf à chaque fois.


Le dernier film que vous ayez vu?
Merci la vie, de Bertrand Blier. Je connais bien Bertrand_ Il possède une intelligence supérieure, c'est sûr_ C'est un mec fou et passionnant. Quand le film a commencé, j'ai pris une claque en pleine gueule. Je me suis demandé dans quelle direction il partait... Ce n'est pas le plus facile de ses longs métrages ni celui que j'affectionne le plus. Pour autant, je ne dirai jamais rien contre Bertrand, c'est quelqu'un que j'admire.

Quelle est votre conception de la réussite?
Ne jamais m'ennuyer. Continuer à créer. Susciter le désira Etre regardée à travers mon métier et non dans ma vie privée. La réussite, ce n'est pas forcément de «faire des entrées». Je suis bien contente d'avoir «bourré» mon Bataclan, mais je pe,nse qu'avec 100 personnes au lieu de 800, j'aurais quand même aimé le spectacle. J'aurais été triste, mais la réussite correspond pour moi à la possibilité de créer. En ce moment, je suis boulimique d'idées, en pleine période où je n'ai pas envie de concéder quoi que ce soit. Je ne veux m'investir que dans ce que j'aime. Il y a aussi des périodes où l'on est davantage dans l'ombre, où l'on n'a pas le même éclat ni la mêMe force. Pour quelle raison?
Il y a des années où je ne me sens pas le goût d'aller de l'avant, où je ne suis pas aussi provocante dans ma façon de vivre et de travailler. Aujourd'hui, je sais parfaitement ce que je désire. Je vais être très difficile quant au choix de mes prochains films... Vous chantez (Danse avant de tomber». Vous est il déjà arrivé de prendre des gamelles au ni veau professionnel?
Oh oui (rires)! Mais lorsque j'étais jeune. Je suis tombée de haut avec «Sweet movie». J'ai parfois mal choisi certains rôles... C'est incroyable d'entendre des actrices déclarer : «J'ai joué dans quarante films, tous des chefsd'oeuvre !» Il y en a que j'aurais dû éviter de tourner... parfois pour des raisons humaines, des rencontres malheureuses. J'ai failli arrêter le cinéma après ma collaboration avec le réalisateur Dusan Makavejev.

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